La restauration progressive du site de l'ancienne mine Doyon et de ses trois parcs à résidus miniers sera l'occasion, pour l'équipe abitibienne d'Iamgold, de faire preuve d'innovation, et ce, à plusieurs égards.

Couvrant une superficie de 580 hectares, la mine Doyon a été en production de 1980 à 2009. S'étendant sur seulement 14 hectares, à quelques centaines de mètres à l'est, la mine Westwood a ensuite pris le relais, utilisant l'usine de Doyon pour traiter son minerai et l'ancienne fosse à ciel ouvert pour disposer de ses résidus miniers.

La restauration progressive des deux sites miniers devrait s'échelonner de 2019 à 2036, soit un an après la fermeture prévue de Westwood. Les coûts de ce vaste chantier sont évalués à 165 M $, dont 20 à 22 M $ uniquement pour la première phase, qui concerne le parc à résidus Doyon-1.

Site prioritaire

«C'est vraiment notre priorité parce que, probablement par méconnaissance, il a été entièrement construit avec du matériel générateur d'acide. L'oxydation est donc omniprésente et génère de l'eau acide. Pour prévenir les écoulements dans la nature, cette eau doit être récupérée par un réseau de fossés et de stations de pompage. Tout cela nécessite beaucoup de gestion et entraîne des coûts importants», a exposé Mario Gagnon, spécialiste en restauration minière chez Iamgold mine Westwood.

Matériaux acides contre résidus acides

Pour couper le contact de l'air ou de l'eau avec le matériel générateur d'acide et ainsi freiner l'oxydation, Iamgold a convenu de recouvrir Doyon-1 avec trois couches différentes de matériau à faible perméabilité. Si la technique n'est pas nouvelle, Iamgold se distinguera par le fait que, pour la couche inférieure, elle compte employer du matériel générateur d'acide.

«Dans le cadre de son projet de maîtrise, une étudiante de l'UQAT est parvenue à ce constat intéressant, a mentionné M. Gagnon. Le gouvernement doit d'abord l'approuver, mais si nous pouvons utiliser la roche stérile de la halde nord de Doyon, qui ne sera pas en contact avec l'eau ou l'air, cela éviterait le passage d'environ 20 000 camions de sable ou de gravier sur la route 117 sur une distance d'une quinzaine de kilomètres.»

Empêcher les arbres de repousser

La couche intermédiaire serait composée de moraine ou de silt excavé de la fosse Doyon, tandis qu'un mélange de sable et de gravier serait disposé sur la surface afin de la protéger contre l'assèchement et l'érosion éolienne. À plus long terme, le site serait également revégété avec des herbacées à forte densité.

«Ça peut paraître paradoxal, mais nous voulons empêcher les arbres de s'installer sur Doyon-1, a indiqué Mario Gagnon. Les herbacées ont des racines superficielles, tandis que les arbres vont plus profond dans le sol. Ils risquent donc de ramener vers la surface des matériaux contaminés. Et lorsqu'un arbre qui vieillit est déraciné par le vent, il ouvre toute grande une porte vers les résidus enterrés.»

Pour prévenir les écoulements acides dans la nature, l'eau de Doyon-1 doit être récupérée par un réseau de fossés et de stations de pompage.

Le résidu de l'un devient le bénéfice de l'autre

Comme Doyon-2 et Doyon-3 ne présentent pas les problèmes particuliers de Doyon-1, Iamgold prévoir recourir à un couvert avec nappe phréatique surélevée. Cette technique consiste à recouvrir les résidus d'une couche de matériau capable d'engendrer un effet de succion de faire remonter la nappe phréatique. L'entrée d'oxygène étant alors limitée par l'eau, les résidus ne peuvent plus générer d'acide.

La majeure partie de l'eau utilisée dans le procédé de traitement du minerai de Westwood à l'usine Doyon est puisée dans le parc à résidus Doyon-3.

Le matériau utilisé pour cette phase de restauration serait extrait des résidus de la mine Westwood, lesquels sont actuellement entreposés au fond de l'ancienne fosse Doyon. «Nous allons d'abord retirer les sulfures et les métaux lourds qui présentent un risque d'écoulement dans l'environnement», a précisé Mario Gagnon.

Une première dans les mines

Pour le moment, Iamgold travaille à caractériser le minerai de Westwood et ses sources de contaminants pour déterminer de quelle manière modifier l'usine Doyon pour désulfurer les résidus. Ce travail, qui devrait s'échelonner sur une période de 18 mois, s'effectue en partenariat avec l'Unité de recherche et de service en technologie minérale de l'UQAT et le Centre technologique des résidus industriels du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue.

«Des résidus désulfurés ont déjà été employés dans la restauration minière, mais si les résultats des recherches sont concluants et qu'ils sont approuvés par le gouvernement, nous deviendrions les premiers à implanter dans l'usine d'une mine un circuit de désulfuration consacré principalement à la restauration minière», a fait valoir M. Gagnon.

Des boues qui pourraient valoir de l'or

Depuis plusieurs années, Iamgold utilise les boues de chaux issues de son procédé de traitement comme matériau pour réduire l'érosion éolienne sur une partie du parc à résidus Doyon-3, en raison de leur densité. Or, contre toute attente, une végétation herbacée persistante s'est rapidement installée naturellement dans cet endroit.

Plus surprenant encore, deux grands dépôts de surface où plusieurs mètres d'épaisseur de boues de chaux ont été entreposés, au fil des années, sont maintenant de véritables parcelles de forêts où le peuplier faux-tremble y pousse en abondance. Et tout ça, sans la moindre intervention humaine.

Double avantage

«En collaboration avec le gouvernement, nous avons donc entrepris des analyses pour voir si ces boues présentent des risques à être employées comme couche de surface dans la restauration des parcs à résidus. À ma connaissance, nous sommes la seule mine en ce moment à évaluer ce matériau. Et ça semble très prometteur», a indiqué Mario Gagnon.

Outre la reprise de végétation plus rapide que favoriserait le recours aux boues de chaux, cette technique dégagerait aussi un autre bénéfice pour Westwood. «À date, comme les boues de chaux sont considérées comme des résidus, nous pouvons seulement les enfouir. Si on peut les utiliser dans la restauration, on se trouverait à valoriser un résidu dans le contrôle d'autres résidus», a fait valoir M. Gagnon.

Dans les dépôts où Iamgold entrepose ses boues de chaux, dont le contenu en fer leur donne une teinte rougeâtre caractéristique, la forêt s'est réinstallée, et ce, sans la moindre intervention humaine.

Des couches de recouvrement en pente

Pour des raisons pratiques, les couches de recouvrement de sites à restaurer sont habituellement horizontales. À la mine Westwood, on évalue cependant la faisabilité de cellules en pente pour encapsuler la halde à roches stériles.

Au sud de l'ancienne fosse Doyon, Iamgold évalue la faisabilité de cellules en pente pour accélérer le processus de restauration des haldes à roches stériles.

«Les roches qu'on y retrouve génèrent de l'acide lorsqu'elles sont en contact avec l'eau et l'air. Si nos expériences démontrent que le matériau des cellules en pente reste en place malgré le vent et de fortes pluies et que l'eau ruisselle sur la surface sans pénétrer dans le sol, cela pourrait devenir une première étape pour la restauration des haldes puisque la quantité d'eau à traiter diminuerait grandement», a expliqué Mario Gagnon.

10 ans de conformité irréprochable

Iamgold espère être en mesure d'obtenir les autorisations ministérielles pour pouvoir débuter les travaux de restauration au printemps 2019. Ceux-ci seront réalisés en sous-traitance et devraient durer environ deux ans. «Après quoi, comme le prévoit la loi, le site devra afficher une conformité irréprochable pendant 10 ans pour que nous soyons délivrés de sa responsabilité», a signalé M. Gagnon.

Source : L'Éclat

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